Poésie

Publié le par Futile

Si mes mains se souviennent du feu des grandes berges, alors la race d’Or est gravé sur mes lèvres. Leurs élégies fidèles soutiennent ma pensée. Hélas, elles ne sont plus qu’un corps de bois de runes. Si on me signifie un quelconque problème, je n’answere que ce passé « Race d’Or ! Race d’Or ! » Ils renoncent à me pourfendre de leur quotidien. Sur les berges du lac, là où s’enfuient les lignes, je laisse s’exalter mes doigts sur le frisson de l’eau. Il invoque des cercles et perturbe la mécanique interne de la pause. Mon souvenir, seule vie, modifie la Nature : là où était hier, aujourd’hui se dresse ; là où poussait un ruisseau, drue un regard de force, blanc brillant d’aveugle, fort et nu ; si je m’endors dans un vallon, c’est une main qui me recueille. Et le massif de roses en est la cicatrice. Je ne sais, ne veux plus parler le langage du quotidien, il fait pleurer. Je ne connais que les aplats de grandes couleurs : mon œil s’éveille à révéler les grands paysages, réveils d’orchestre. Le ciel est un cheval de Marc. Je me recueille au bastingage des chevaux ; la clôture des grandes idées. Je me recueille sous l’arbre emplis de poires, dans la position pelotonnée du silence, et leur grande couleur me ramène aux cascades, vives ou mortes, et aux foisonnement des toisons d’or. Je noue des foulards et des mouchoirs de soie à mes lèvres : ils me taisent et mes yeux du silence repassent une à une les scènes de l’Aimer. Je tente de noyer ma chair sous les pétales de fleurs amères, sucquées et vaporeuses. Elle n’en ressort que plus encore opiacée, cela a renforcé le désir. J’ai la vision subreptice d’une rue ; elle s’efface très vite. Mon cœur s’affole encore de ce débat : les foules maladives de Munch ne sont pas, simplement la séparation. Ensor grimace. La nature peu à peu m’abandonne, à nouveau nu, mais de la frugalité, cette fois. J’ai mal au cœur.
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