Poésie : Tu es lac
Tu es lac
Prenez dans l’eau, pierre noire, un rayon de fleurs sauvages ( l’or du ciel coule son miel jusque dans tes mains fragiles ). Vois la jacinthe sauvage se perdre dans ta main folle, ses feuilles de velours tendres deviennent lignes de ta main : le ruisseau courant se loge dans les creux de ton corps sombre. Appuyé contre ces ombres qui font croire ton corps bleu, lui qui souvent se réveille des couleurs du pamplemousse, on voit les reflets danser, vagues nuitées, clapotantes, creusées dans ton rein, entre ta hanche et le fleuve qui coule de tes cheveux ; des lacs ou des ellipses s’allongent et où des cercles se créent, comme le paysage étrange d’un décors de marionnettes ; pour peu que ta hanche bouge, tout ce tableau se recrée, s’imagine un nouveau monde, passe par les lignes fines qui construisent ta peau.
Et quand la cascade folle de tes cheveux très altiers, se glissent petits à petit, faisant son lit sur la plage qu’est ton corps abandonné : après ta joue dévorée, passe le long de ton cou, morsure sur ton épaule qui jusqu’alors frissonnait, et l’un de tes seins succombe finalement à ces flèches. J’ai beau respirer plus fort pour que tu puisses voler quelques gouttes aux sources claires pour qu’elles servent de diamants, au travers desquels tu resplendiras d’autant, mon cœur ne suffit plus, ses battements trop faibles, et la splendeur de tes hanches à tendance à s’effacer.
Je recueille dans tes reins une ondée très surprenante ; après les nuits de chaleur, ces perles roses et vertes emplissent peu à peu ma bouche, elle se concentre, liqueur, jusqu’au point de m’enivrer. Dans le triangle de tes fleuves, les confluents où je baigne exaltent les éléments qui magnifient ta sculpture. Et tu parles ; tu as dit « Relève-toi, nous devons vivre. »
Le temps perdu.