Poésie : Cruxifié

Publié le par Futile

CRUXIFIE

 

 

 

 

Xcrucifié de l’aube, les lèvres pâles du matin ont eu raison de ta peau. C’est normal, tu me sembles pareil à ces oiseaux de nuit qu’on avait coloriés de criardes couleurs, au levé du matin, au réveil de la brume, à l’orage de Lune. Vous étiez ramassés sur vous-même tremblants, pleins de peur et d’une frayeur que rien ne pouvait expliquer. Vous aviez à vos pieds l’herbe que vous aimiez, et les fleurs qui poussaient détournaient de vos yeux leurs regards. Vous qui aviez tenu le monde dans vos bras en un matin d’hiver, à cet autre réveil que nous ne dirons pas – il faut bien quelques fois rester sobres de paroles –, vous qui saviez avoir et saviez avoir eu, vous qui aviez connu la force de donner la force du destin, vous étiez là tremblant et nu comme au Läger. Il pleuvait, il ventait, il neigeait, il grêlait sur votre torse dur, uniquement sur vous, les éléments se déchaînèrent. Ils déchiraient pour vous la haine qu’ils tenaient. Car le vent chantait des misères ultimes, des chants sacrés du cygne, des désespoirs mauvais. Nous pleurions avec vous, car nous étions vous-même ; j’étais toi. Je sentais dans chacun de mes doigts l’essence effleurée des douleurs, je savais les mille et un signes obscènes des populaces laides, pleines de grimaces, qu’elles déversaient sur le bord du chemin, où nous devions passer. Je nous tu nous vous ils ne savais plus qui nous nous étions : étais-je ce corbeau au sommet du moulin déchiré par les ailes mouvantes ? était-ce ce parfum d’orange trop amère pour être aussi belle, donc ce mirage noir ? On nous avait rogné les ailes. O ces douces et longues larmes que nous sentions couler parfois : elles remplaçaient tous les poèmes et surtout tous les mots d’amour que nous avions dit autrefois. Je ne parlais plus de ma mère ni des grands arbres, je préférais les oliviers, les cerisiers et les figuiers aux très grands chênes, les fruits aux glands, les poètes inconnus aux très-grands Poètes. J’étais dégoutté de la reconnaissance, des grandes institutions, des lourdeurs et des laideurs académiques. Je sentais faiblement quelques souffles de folles sur mon visage, et ils paniquaient mon regard. Combien de nuits ? Que j’ai pleuré à mes ports tièdes, ô pitié… Ton épée ! Cette lame qu’enfin je me puisse transpercer ! Puisque je suis déjà pendu au mat hilare, et condamné par leur monde éclaté…

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