Nouvelle : Si elle est noire (2)

Publié le par Futile

Sous les mains noires de Dilha, sombres comme les ombres qui accaparent l’âme, les longues mèches blondes perdaient leur pâleur et peu à peu tressées devenaient hybrides, à mi-entre leur naissance blanche et la culture nouvelle où désormais Hanna se baigne et délace ses heures, laissant ces traces noires, la négritude baigner sa peau, et maintenant s’infiltrer jusqu’à sa chevelure. Hank, dans l’encolure de la porte, les yeux fixés sur le spectacle de la métamorphose, se sent envahi tout à coup d’une amertume depuis longtemps perdue, presque d’une impression de perte. Ces mains qui se mêlent aux boucles pâles envolées par le lent travail méticuleux, qui insinuent dans la blondeur de l’aimée une noirceur incompréhensible, comme un éclat d’acier dans le cœur d’un enfant, rajouts qui négrifie Hanna, qui l’enchantent tant que ses yeux fermés laissent éclater un bonheur palpable, comme autant de petites bulles envahissant l’extase, tellement qu’avec ses yeux fermés, elle semble ressembler à ceux dont elle aspire, doucement, l’essence et l’esthétisme, pour devenir une de ces noires au visage parfait, dans l’ombre qui bleuite, sombre, sa figure. Hank, qui soutient déjà les coups du soleil dur sur son dos et sa tête nus, sent sauter sur son visage les mille démons de le jalousie et ceux, plus insidieux, de la brutale envie de frapper, pour décharger le corps d’une peine rageuse que prend, il le sent, tous les points nerveux et musculeux qui le minent d’assaut.

            Et les mains qui persistent à négrifier celle qu’il ne peut aimer que comme il l’a connue, blanche et pâle, fragile. Au fur et à mesure qu’elle assombrit sa vie de larges traces noires, de ses ressentiments à ses heures de vie, et qu’elle se fortifie plus encore à devenir elle, une autre, il perd peu à peu l’Hanna qu’il avait amené à haïr l’apartheid, à fréquenter ces villes noires, à renier la bourgeoisie raciste. Il l’avait amené là et ils l’avaient volée. Ils. Il se surprend, pour la première depuis l’enfance où il avait encore ce regard, à la fois arrogant et qui passait, royal, au travers des nègres transparents, à les assimiler à une masse, lui qui vit pourtant chaque jour ce combat pour l’égalité. Ils. Il ressent soudain une haine pour ses frères de lutte, sourde, pour ceux qui lui volent son amour. Hanna n’a jamais été noire, elle devrait rester blanche. Non pas tant pour la couleur de sa peau ; Dieu la lui eu soudainement pigmenté qu’il n’en serait pas si touché, au-delà du choc visible, il saurait sans problème se résoudre à aimer cette peau noire, enveloppe extérieure ; mais non, c’est elle toute entière qui change, qui devient noire, de l’âme aux sentiments. A lui qui ne sait toujours pas rentrer comme elle, elle sait se glisser au milieu des méandres de cet esprit particulier, si éloigné de sa bourgeoisie coloniale, ce glissement progressif est une trahison, il la voit peu à peu partir pour un pays où il ne peut la suivre, dont il ne connaît ni les mœurs, ni la langue, ni même l’emplacement précis.

Et l’ombre qui glisse toujours noircissant le visage, il s’applique à lisser chaque ride de violence de peine de son visage. ’’Salut…’’ Hanna et Dilha se retournent.

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Publié dans NOUVELLES

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