Nouvelle : Elsa - Les feuilles dansent
Dans la cour, les premiers jours d’automne ont transformé en or le végétal qui sommeille depuis la fin de la fête folle de l’été où les arbres ont pu, dans le lycée vide, valser déraisonnablement et boire la lumière dans une ivresse de soleil éclatant, comme un soir endiablé qui aurait duré toute une saison. A présent, ils en sont à ce doux sommeil qui s’empare de nous vers les quatre heures du matin, quand l’alcool et la fête – la lumière – s’atténuent et laissent place à un délicieux reposons-nos-corps-exaltés-tout-à-l’heure. Caressant de leurs pas les feuilles détachées des platanes saoulés, d’un or parfois rouge, les filles dansent une étrange chorégraphie. Un coup de sifflet de temps à autre. Un simple match de handball. Les joues rouges, la sueur ruisselante, les cheveux attachés qui sans cesse s’essaient à échapper à leur prison chignon, queue de cheval, nattes, couettes… Les maillots trempées aux corps qui se débandent sans cesse et encore, les cris soudain, le bruit de leurs efforts. Des têtes brunes et blondes, brunes surtout, une chevelure rouge qui éclate. L’œil de la caméra tarde à repérer Elsa, à l’unisson des autres. Puis, tout à coup, en plein effort – le ballon s’apprête à quitter sa main fine –, un cri de douleur. Le talon qui claque.
Jusqu’à la fin du match, seule sur le bas-côté, elle finit par ne plus voir le match. Son regard est perdu dans la valse des feuilles.