Nouvelle : Si elle est noire (7)

Publié le par Futile

Hank fait sauter la peine du bureau de son père. En silence, il repousse la porte derrière lui, la bloque : personne ne peux plus venir le déranger. Il cherche vaguement du regard. Les persiennes laissent filtrer une semi-obscurité à laquelle il cherche à s’habituer. Les trois poignards kenyans, derrière le fauteuil. Non. Un cigare près du cendrier, un ordre quelconque qui va probablement briser encore une vie posé sur le bureau. Hank le froisse et le jette à terre. A pas feutrés, il se glisse jusqu’au meuble imposant, néglige les livres, cherche à ouvrir les tiroirs.  Le premier résiste, les autres contiennent des objets ou paperasses sans intérêt, témoins de l’inutilité de son père. Le dernier est même vide. Il sort son mince crochet, l’enfonce dans la serrure fermée. Dans le jardin, un bruit animal. La serrure encore résiste. Hank s’énerve, triture, arrache à l’aide d’un poignard kenyan le moins lourd, décroché du mur, la peine du bois tropical. Il repose l’arme, décidément trop lourde, et contemple l’armurerie contenue entre les parois de bois. Un léger revolver trouve grâce à ses yeux, un mince poignard de l’armée qu’il empoche. D’un coup de poing rageur, il brise une vitrine de la bibliothèque. Le verre s’écroule à terre, mord sa chair. Il traverse le bureau en courant, jusqu’à la porte, bute sur une chaise qu’il renverse, goutte quelques tâches de sang sur le parquet sombre.

Il ouvre la porte violemment.

Traverse le salon, passe la main blessée devant sa mère et ses amies, un revolver à la main au milieu de leur tea time. La mère hurle, ses relations semblent choquées. Il s’en fout.

Il traverse la rue à toute allure, la ville jusqu’à l’autre côté de la colline. Arrivé à l’arbre familier, il s’arrête, tombe à terre. Epuisé, essoufflé, il se ressource un instant au pied de l’arbre. Le sang du cœur battant aux temps, l’esprit aussi perdu que le cœur affolé de l’animal traqué. La pointe acide de la perte. Il se relève, marche lentement, descend la colline jusqu’aux vagues maisons de tôle et de bois. En bas, un gamin le salue. Le revolver et le poignard sont cachés dans sa poche. Quelques slogans de résistance, peints sur un vague mur.

Il cherche Mandy, d’un coup silencieux et sans douleur, terminer sa courte vie. Récupérer Hanna. Le bonheur à retrouver est à ce prix, au minimum. La police devant la barque de tôle. Quelques journalistes infiltrés dans la foule. Il se rend soudain compte. Hanna qui s’accroche désespérément à Mandy, et Mandy, lui, les menottes déjà aux poings. ‘’Fais quelque chose, Hank !’’ Le poignard déjà serré entre la sienne, de main, pour être planté dans le dos de l’amant noir. Le regard assassiné d’Hanna. Alors, lentement. Lentement, il le sort de sa poche, la lame brille au soleil de l’après-midi. Un instant de suspens dans la foule. Le fils du général va… va… va… Son poignard brillant. Les flics mettent la main à leurs revolvers. Un éclat d’incertitude. ‘’Comme ça, tout sera terminé…’’, murmure. Il l’enfonce dans son ventre et remue lourdement la lame, en tous sens, écharpe ses entrailles.

Un journaliste commence à écrire sur son carnet bloc-note ‘’Le fils du Général Y se suicide en public pour protester contre…’’

Hanna commence à vomir.

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Publié dans NOUVELLES

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