Théatre : La perle

Publié le par Pivot

La Perle

 

Dans une cabane de pêcheur, le pêcheur et sa femme.

 

Pietr : J’ai trouvé une perle, ce matin, qui courait sur la mer. J’ai penché les mains au creux de l’écume, et je l’ai cueillie. Il m’a semblé voir quelques jeunes filles, divinités marines qui riaient dans leurs mains. Elles semblaient avoir voulu que je la trouve.

 

Karla : Qu’est-ce que tu dis ? Tu l’as, cette perle, maintenant, alors vends-la !

 

Pietr : Non, tu te trompes. Je vais la garder. C’est mon petit trésor baroque. Ce sera mon secret délicieux. Moi, Pietr Korovna, pauvre petit pêcheur du bord de la mer, j’aurai une perle, ma perle, bien cachée au fond du cœur, à chaque fois qu’un grand seigneur me fouettera. Il abattra sa lanière de cuir sur mon dos, et moi je penserai qu’il n’a pas de plus belle perle que moi. Et il ne comprendra pas pourquoi je sourirai.

 

Karla : Et il te fouettera plus fort encore !

 

Pietr : Et je sourirai de plus belle. Mais tu ne comprends pas, la femme, le trésor que c’est ? ah, si j’étais riche, j’irais faire donner une messe aux divinités de la mer. Non, tout compte fait, si j’étais riche, ce ne serait pas un trésor. ( un temps ) Maintenant apporte-moi à boire.

 

Elle va lui chercher à boire, il s’assoit à la table et regarde sa perle, la roulant entre ses doigts. La porte s’ouvre brusquement ; apparaît le seigneur.

 

Nicolaï Vladoveskiw : Pietr Korovna, on t’a vu, ce matin, face à la mer.

 

Pietr : Est-ce là un crime, Seigneur ?

 

Nicolaï Vladoveskiw : C’est un crime, Pietr Korovna, si tu y trouves un trésor et que tu ne le donnes pas à ton seigneur.

 

Karla : Tu vois, je te l’avais bien dit que cela ne t’apporterait que des ennuis. Tu aurais dû la vendre aux première heures de l’aube !

 

Pietr : Et où voulais-tu que j’aille la vendre, pauvresse, aux premières heures de l’aube? Crois-tu que les bijoutiers auraient ouvert pour un pauvre pêcheur comme moi ?

 

Nicolaï Vladoveskiw : Et qu’as-tu donc trouvé ce matin, pauvre pêcheur que tu es, Pietr Korovna ?

 

Pietr : Une perle, Seigneur, une perle. Mais je ne l’ai pas trouvée, ce sont les divinités de la mer, aux seins nus, qui me l’ont offerte.

 

Il la fait tomber dans son verre de vin, le seigneur Nicolaï ne s’en rend pas même compte.

 

Nicolaï Vladoveskiw : Et où l’as-tu mise, ta perle? ( il lui tire l’oreille, et le fait tomber par terre, à genoux. )

 

Pietr : Au fond du cœur, Seigneur, au fond du cœur !

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