Brel est mort

Brel est mort... Quand un certain chantait '77, putain d'année aux îles Marquises', nous ne pouvions que l'approuver. Et pourtant ! Brel est mort, mais la vie continue... Ce blog vous propose donc, gentes dames et gentils damoiseaux, de profiter de littérature, de peintures, de photo ou de coups de gueule, de ce qui rend notre vie supportable, sommes toutes. Et si tout ça semble très partisan, la réponse serra, comme le disait un sinistre crétin, "si tu ne participes pas à la lutte, tu participes à la défaite". Brel est mort, oui, mais "Brel est mort" n'est pas mort...

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THEATRE

Vendredi 17 juin 2005 5 17 /06 /2005 00:00

La Perle

 

Dans une cabane de pêcheur, le pêcheur et sa femme.

 

Pietr : J’ai trouvé une perle, ce matin, qui courait sur la mer. J’ai penché les mains au creux de l’écume, et je l’ai cueillie. Il m’a semblé voir quelques jeunes filles, divinités marines qui riaient dans leurs mains. Elles semblaient avoir voulu que je la trouve.

 

Karla : Qu’est-ce que tu dis ? Tu l’as, cette perle, maintenant, alors vends-la !

 

Pietr : Non, tu te trompes. Je vais la garder. C’est mon petit trésor baroque. Ce sera mon secret délicieux. Moi, Pietr Korovna, pauvre petit pêcheur du bord de la mer, j’aurai une perle, ma perle, bien cachée au fond du cœur, à chaque fois qu’un grand seigneur me fouettera. Il abattra sa lanière de cuir sur mon dos, et moi je penserai qu’il n’a pas de plus belle perle que moi. Et il ne comprendra pas pourquoi je sourirai.

 

Karla : Et il te fouettera plus fort encore !

 

Pietr : Et je sourirai de plus belle. Mais tu ne comprends pas, la femme, le trésor que c’est ? ah, si j’étais riche, j’irais faire donner une messe aux divinités de la mer. Non, tout compte fait, si j’étais riche, ce ne serait pas un trésor. ( un temps ) Maintenant apporte-moi à boire.

 

Elle va lui chercher à boire, il s’assoit à la table et regarde sa perle, la roulant entre ses doigts. La porte s’ouvre brusquement ; apparaît le seigneur.

 

Nicolaï Vladoveskiw : Pietr Korovna, on t’a vu, ce matin, face à la mer.

 

Pietr : Est-ce là un crime, Seigneur ?

 

Nicolaï Vladoveskiw : C’est un crime, Pietr Korovna, si tu y trouves un trésor et que tu ne le donnes pas à ton seigneur.

 

Karla : Tu vois, je te l’avais bien dit que cela ne t’apporterait que des ennuis. Tu aurais dû la vendre aux première heures de l’aube !

 

Pietr : Et où voulais-tu que j’aille la vendre, pauvresse, aux premières heures de l’aube? Crois-tu que les bijoutiers auraient ouvert pour un pauvre pêcheur comme moi ?

 

Nicolaï Vladoveskiw : Et qu’as-tu donc trouvé ce matin, pauvre pêcheur que tu es, Pietr Korovna ?

 

Pietr : Une perle, Seigneur, une perle. Mais je ne l’ai pas trouvée, ce sont les divinités de la mer, aux seins nus, qui me l’ont offerte.

 

Il la fait tomber dans son verre de vin, le seigneur Nicolaï ne s’en rend pas même compte.

 

Nicolaï Vladoveskiw : Et où l’as-tu mise, ta perle? ( il lui tire l’oreille, et le fait tomber par terre, à genoux. )

 

Pietr : Au fond du cœur, Seigneur, au fond du cœur !

Par Pivot - Publié dans : THEATRE
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Vendredi 17 juin 2005 5 17 /06 /2005 00:00

Le héros

 

 

Un vieil homme arabe :  Mon fils il fait son devoir ! il défend sa patrie et venge son frère… mon fils, tu sais, il fait son devoir comme tout le monde il devrait le faire ! il peut dire ce qu’il veut, tu sais, mon fils il est un bon palestinien ! il est là quand son peuple il a besoin de lui ! il offre ses mains, son cœur, tout lui, sa vie entière, pour la cause de Dieu ! il fait le sacrifice, tu sais, lui,  mon fils !

 

Une vieille femme juive : mon fils, vous savez, ne fait que son devoir ! il défend sa patrie et venge nos concitoyen assassinés par ces terroristes ! vous savez, mon fils, en fait, c’est juste son devoir, qu’il fait… il fait son devoir, parce qu’il le doit ! il est là quand son peuple a besoin de lui !il lui offre son cœur, ses mains, son sang, pour nous protéger… il risque la mort pour défendre son peuple, lui !

 

Un vieil homme arabe :  il y a longtemps, on m’a volé ma terre et on m’a tué mon frère, on m’a expulsé pour que les rescapés de là-bas ils aient une terre à eux ! et pour qu’ils aient une terre, on m’a volé la mienne ! pour qu’ils aient une vie, on a pris celle de mon frère ! tu vois ici, maintenant, et depuis des années, on vit là,  dans des camps, de réfugiés, qu’ils appellent, mais en fait c’est des camps de parquage, comme les chiens, ou les cochons!, où les bombes elles tombent comme ça, parfois, sur les petits enfants qu’ils jouent dans la rue, et la miséricorde de Dieu elle sert plus qu’à garder nos cœurs pour prier les héros qu’ils réussissent leur missions, et on prie Dieu !

 

Une vieille femme juive : il y a longtemps, on est venu chez moi, les nazis, et ils nous ont emportés, ont a séparer mes parents, mes frères, mes sœurs, et ils les ont tué ! alors, après la guerre, on nous a promis un pays, qui serait à nous, bien à nous, et où on aurait rien à craindre ! mais maintenant, arrivés ici, ils continuent à nous tuer, nous faire exploser, comme ça, les civils ! il ne nous restent plus qu’à implorer l’Eternel, et on prie !

 

Un vieil homme arabe :  mon fils, tu sais, il fait son devoir, comme ça, il a plus besoin de craindre rien pour le paradis, il y a déjà sa place… tu comprends, il pouvait laisser ça, son frère il est mort alors qu’il avait que des pierres et eux ils avaient des vraies balles pour tirer et ils l’ont tué, tu sais, on voyait les deux ruisseaux de rouge qui coulaient de la plaie, son beau visage il traînait dans la poussière et il était mort, les bras en croix, allongé comme un martyr, son nom il est inscrit sur la longue liste des martyrs de Dieu !

 

Une vieille femme juive : mon fils, il fait ce qu’il doit faire… mon autre fils, vous savez, il est mort, tué par des kamikazes assassins ! comme ça, au hasard… mon fils il avait rien fait, il avait juste le malheur d’être juif, comme avec les … il avait rien pour se défendre, et eux c’étaient des bombes humaines, et ils l’ont tués au hasard, comme ça, au hasard !

 

Un vieil homme arabe :  bien sûr, mon fils il est pas allé à New York, il est trop loin pour lui là-bas et quand même, les Etats-Unis ils sont pas eux qui ont tué mon fils et mon frère, même si ils sont eux qui ont donné le fusil aux chiens qui ne visent même plus, qu’ils font au hasard, comme ça, pan ! mon fils, tu sais, il fait son devoir !

 

Une vieille femme juive : bien sûr, mon fils, ce n’est pas lui qui massacre comme les russes ils massacrent en Tchétchénie, mon fils n’est pas un monstre, vous savez, il fait simplement son devoir… vous savez, malgré tout, on jette la pierre à ceux qui font ça, mais quand on voit l’internationale islamiste, on se dit que parfois… non, bien sûr, je ne cautionne pas, mais je comprends quand même, tout de même… mon fils fait son devoir !

 

Un vieil homme arabe :  hier, il y a un jeune il est allé en ïsrael, il a passé la frontière, il est passé, il a marché la route, il a regardé les juifs, sur le bord du chemin, sans doute, il a marché dans les rues, sans doute, il a peut être regarder une fille, même, sans doute,  il a peut être bu une orange, il est allé, en tout cas, ça c’est sûr, dans la grande rue de Tel-Aviv ou il était le grand café, tu comprends, ils nous tuent au hasard, ils ne cherchent même plus, ils nous tirent, ils nous tuent ! des innocents, des civils, des femmes, des enfants,  des vieillards, parce que tous ont on est coupables, ils disent, « terroristes fils de pute kamikaze à 16 ans, ils disent, Sharon, et tout ça, là, alors à quand un bébé bombe humaine ? » ils disent, alors tu comprends, mon fils, il a pas réfléchi, mon fils, il a fait ça. il a pas regardé, mon fils,  il a fait au hasard, là où y avait du monde, pour que les israéliens il le sente passer…

 

 Une vieille femme juive : hier, mon fils, avec ses camarades, il a encore fait son devoir, une action de bien… ils sont allés arrêter ces terroristes, de l’autre côté de la ligne, même qu’un camarade de mon fils est tombé, que l’Eternel ai pitié de lui ! ils ont dû bombarder une maison, je sais, et il y avait des familles de civils, dedans, je sais… il y avait des enfants… mais c’est pas pire que ce qu’ils nous font ! eux aussi, ils nous tuent ! eux aussi ! mon fils il a bien fait, son rôle, son devoir !

 

Les deux :  en fait, mon fils est un héros !

Par Pivot - Publié dans : THEATRE
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Dimanche 19 juin 2005 7 19 /06 /2005 00:00

La Clairière

 

 

L’arbre

Le vent, tu ne voudrais pas t’arrêter un instant, cesser ta voltige fatigante… Je suis bien fatigué, j’aimerai pouvoir me reposer un instant, vraiment. Je sais bien que tu n’as pas mon âge, que tu es toujours plein de vie, que tu renais sans cesse, alors que je suis multiséculaire, mais pense à moi, au moins un instant, pense à mes 850 ans… Toi tu virevoltes tu changes de sens à chaque instant tu es partout Londres Shangaï Dakar tu as tous les noms du monde tu es grisé de la nuque de toutes les femmes, de leur odeur que tu accroche… Pense à moi, qui n’ai jamais senti sur ma peau ce merveilleux onguent de jeunesse, moi qui, de toute ma vie, n’ai senti que les pieds des pendus qui me frappaient mollement ou durement, selon que tu étais de mauvaises humeur ou non contre moi. Toi tu te saoules des épaules des femmes et moi, mes pauvres racines enserrent le squelette d’un jeune homme de la Renaissance qui jugea bon de s’empoisonner à mes pieds ! Pense à moi, le vent, pense à moi quelques fois… Je voudrais seulement laisser reposer mes minces feuilles un instant, cesser enfin de les devoir sans cesse agiter !

 

L’herbe

L’arbre, cesse donc de te plaindre et regarde la jeune fille qui arrive… Dépose donc sur sa chevelure quelques unes de tes  feuilles, si tu veux caresser un jeune corps de tes façons délicates. Peut-être viendra-t-elle s’assoire contre ton vieux tronc rugueux ?

 

La jeune fille

Ah, comme il est bon de se rouler dans l’herbe, loin de la bêtise des hommes. Soudain sérieuse. Non, sans rire, que c’est bête les hommes ! Aucune délicatesse ! Ca vous offre des planches à repasser pour vous séduire, ou des casseroles ! Avec la nature, au moins, il n’y a rien à craindre ! Elle vous offre toujours ses plus belles fleurs pour se tresser des couronnes. Elle arrache des pâquerettes en vue de se tresser une couronne.

 

L’herbe

Aie !

 

La jeune fille

Elle vous offre ses plus jolis fruits, ses plus délicieux jus ! Elle s’avance vers le framboisier pour cueillir de petites framboises. Elle en attrape une.

 

Le framboisier

Vous pourriez demander l’autorisation !

 

La jeune fille

Oh ! Elle sursaute. Pardon ! Puis-je… Pardon, pourrais-je me permettre de vous effleurer pour goûter à vos délicieux fruits ?

 

Le framboisier

Mais faites, faites donc, je vous en prie ! L’on ne peut dire non, lorsqu’il est aussi joliment demandé, si l’on est poli ! Cueillez, cueillez, mignonne ! Ces bons fruits sont pour vous…

 

La jeune fille

Merci ! Vous êtes on ne peut plus délicat, Monsieur le Framboisier…

 

Le vent

Monsieur, c’est vite dit !

 

La jeune fille

Pardon ?

 

Le vent

Non, je disais, Monsieur, c’est vite dit. Après tout, personne ne nous a jamais informé de… Il toussote. Méfiez-vous du Framboisier, mademoiselle, il est empli de petites épines qui ne manqueraient pas de blesser votre main…

 

Le framboisier

Bien sûr, Môsieur le Vent est jaloux de mon charme ! Môsieur le Vent se trouve sans doute plus cajoleur ! Môsieur le Vent est jaloux de n’avoir point mon parfum ni mon goût de chair acidulée…

 

L’arbre

C’est un fait. Le Vent n’a jamais eu le goût du framboisier.

 

L’herbe

Mais le Vent a la caresse…

 

Le vent

Comme ceci jeune fille… Dites-moi que cette caresse est mille fois plus grisante que la chair barbue des framboises !

 

Le framboisier

Le Vent est jaloux… Ouh le vilain défaut ! Le vent est jaloux, lalala ! Ce n’est point étonnant, le vent a toujours été jaloux… Le vent ressemble à une fée colérique, le vent ressemble à un jeune homme éconduit !

 

La jeune fille

J’aime également ta caresse, Vent, et ton goût, ton parfum, Framboisier. Je ne peux point choisir entre vous deux, vous êtes charmant comme des promesses d’été tout deux tout autant que vous êtes.

 

Le framboisier

Ah non, jeune fille, tu ne peux pas dire cela ! Il te faut choisir. Tu ne peux point épouser le forgeron et le luthier ! Tu ne peux point faire l’amour et la guerre, être croyant et mathématicien !

 

Le vent

Le framboisier a peur que mon charme ne lui plaise de plus en plus, et il veut toute entière l’attirer à lui avant qu’elle ne puisse apprécier pleinement mon attrait. Ah, ça, Monsieur le Framboisier est malin, il veut la presser pour qu’elle se précipite dans ses bras. Prends le temps de te frotter à ses épines, d’en connaître l’aigreur de la blessure, pour enfin savoir que rien en vaut ma caresse, jeune fille…

 

L’arbre

Cela me semble plus sage en effet, mais point tant pour les raisons énoncées. Prendre le temps de les mieux connaître, afin que ton choix ne soit point pris à la légère. Car, vois-tu, jeune fille, je connais l’un et l’autre, et puis te dire que tout deux connaissent des limites. Tandis que…

 

L’herbe

Tandis que la prairie, elle, si elle peut sembler toujours même, n’en offre pas moins un tendre réconfort ? Je te remercie, l’arbre, mais je laisserai ces deux-là se disputer sans intervenir. Ils me fatiguent assez comme ça.

 

La jeune fille

Il n’est de toute façon  point besoin de vous battre pour moi, car c’est Thomas, le fils du forgeron, qui a emporté mon cœur, même si il a eu l’étrange idée de m’offrir une planche à repasser…

 

L’arbre

Offre-lui un marteau !

 

Thomas

Quelles sont donc ces étranges paroles que j’entends depuis tout à l’heure, sur le chemin qui m’a mené vers toi ? Mais avec qui donc parlais-tu ?

 

La jeune fille

Oh, je sentais seulement la caresse du vent en goûtant cette framboise. Tiens, en veux-tu ? elle lui glisse une framboise dans la bouche.

 

Le framboisier

Pouah !

 

Thomas

Je ne suis pas fou, quelqu’un a bien parlé !

 

La jeune fille

Mais non, mais non, je t’en assure ! Allons, viens, Thomas, fils du forgeron ! Puis tout bas, tout bas.  Au revoir Framboisier, au revoir le Vent. Je viendrais vous voir quand j’aurai du chagrin. Allons, Thomas, retournons au village !

Par l\'équipe de \ - Publié dans : THEATRE
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Samedi 5 novembre 2005 6 05 /11 /2005 00:00

Acte III

S1

[ durant toute la première scène, on entendra des Hey ! Ho ! réguliers]

Hélène : Je vous tuerai…

Médiopikos : Encore ? Oh, par ma foi, c’est une véritable manie, dans ce pays ! Quelle sueur ! Et pourquoi donc, mademoiselle ?

Hélène : Vous avez tué mon père…

Médiopikos : Encore ! Non ! Je n’ai pas tué Papa, petite demoiselle Sagos… Il s’est tué lui-même. C’est lui qui a donné l’ordre de tirer, pas moi.

Hélène : C’est pareil, vous avez tué mon père, et vous vous allez tuer mon…

Médiopikos : Votre ?

Hélène : Le mien. Le mien, le plus profond, le seul qui me connaîtra jamais. Si  je dois m’offrir comme une fleur, ce sera lui la main qui délicatement ouvrira les pétales. Comme un vieux jardinier qui découvre la rose, comme un enfant dans le charme d’un fleuve qui s’écoule. Moi je serai la plaine et lui sera l’eau vive, moi le ciel et lui la montagne, lui l’avion qui découvre un nouveau paysage où il se posera. C’est lui qui va mourir, et vous qui le sauverez…

Médiopikos : Je ne peux pas ! Il a blasphémé !

Hélène : C’est vous qui le sauverez, si vous êtes un héros, si vous être bon…

Médiopikos : Si je suis bon ? Mais je suis bon !

Hélène : C’est vrai ?

Médiopikos : Oui, mais…pas dans votre sens. Bien sûr… vous êtes embêtante. Je suis bon dans un sens, pas dans l’autre, pas dans le vôtre, mais dans le mien. Vous comprenez, c’est difficile ! La bonté n’est pas…omni…omni… omnipotente !

Hélène : la vôtre serait plutôt impotente !

Médiopikos : non, car, voyez vous,…

Hélène : taisez vous, il n’y a rien à dire ; sauvez-le, ou je vous tue !

Médiopikos : ne dites pas de sottises ! C’est ridicule ! Comment voulez-vous me tuer ? Vous ne savez même pas vous servir d’un couteau de cuisine! Et puis ne mettez pas de sang sur vos mains de jeune fille, ce serait si…

Hélène [marchant comme un fauve en cage] : Si ?

Médiopikos : vous êtes si belle à aimer ce garçon qui va mourir. J’en ai vu des fiancées de condamnés à mort, celles qui crachaient, celles qui griffaient, celles qui voulaient coucher dans le coin du bureau pour sauver la peau de celui qu’elles aimaient ! Et pourtant, avec une certitude qu’elles n’ont besoin de rien bouger, que je sauverai leur garçon ou bien qu’il s’enfuira tout seul, et qui viennent m’éructer leur dégoût à la face, à aimer et si sûre, je n’ai que rarement vu comme vous !

Hélène : et vous croyez que je vais m’offrir à vous comme pour le sauver ? Mais vous êtes fou, pauvre homme ! Vous me voulez, c’est ça ? Vous êtes une femelle, passez entre mes jambes ? Jamais !

Médiopikos : non, je ne voudrais pas. Je ne pourrais pas. Avoir entre les bras une femme qui ne passe à vous que pour l’amour d’un autre, qui tente de partir tout en sachant rester, qui voudrait vous vomir quand vous l’aimez si fort que vos veines en éclatent ! Je ne pourrais pas, par respect pour la femme…

Hélène : on dirait, on dirait presque que vous êtes un homme !

Médiopikos : vous croyiez quoi ? Que je n’étais qu’un soldat, et violeur par dessus le marché, bien-entendu ? Je ne suis pas officier de métier ! Je ne suis pas soldat, moi, mes épaulettes, mes médailles ne veulent rien dire. J’essaie juste correctement de travailler, mais je respecte, moi !

Hélène : les bohémiens, vous les respectez, peut être ? Et mon père ? Panamore ?

[entre Panamore, comme un fou, sans voir personne. Il court au balcon, et hurle]

Panamore : Ils ne me tueront pas, tu entends, Athènes, ils ne me tueront pas ! Dites à Hélène, dites à nos frères ! [il enfonce un revolver dans sa bouche, tire, tombe, meurt]

Hélène, long cri de douleur, puis : vous faites l’air d’être un homme, l’air de comprendre, vous dites, mais si étiez vrai, vous auriez couru, arraché cette arme et empêché le beau, le si beau Panamore de mourir, de mourir ! DE MOURIR !

Médiopikos : mais vous ne comprenez donc pas ; si je l’avais empêché, il passait en peloton d’exécution, sur la place publique, devant le peuple niais qui baverait de haine, contre moi, contre nous, contre lui, de s’être laissé prendre ! C’est moi qui risque tout, de l’avoir laissé faire ! Ma place, ma vie, que sais-je ? Je partirai peut-être par le prochain train gris, vers le pays d’où l’on ne revient jamais ! Quelle sueur, mes enfants, quelle sueur !

[elle lui crache au visage et s’enfuit]

 

 

                                                      S2

[le soldat n’a plus de masque, toute la scène tremble]

le soldat : chef, chef, tout s’écroule !

Médiopikos : je le vois bien ! Que se passe-t-il ?

Le soldat :  je ne sais pas, chef ! Doit-on arrêter de crier ?

Médiopikos : si vous voulez, bien sûr ! Un séisme, un ouragan ? Demandez aux savants, appelez les prophètes ! Qui devons nous sacr…oh merde ! Appelez les dieux !

Le soldat sort en courant, revient : Impossible, chef, la centrale téléphonique s’est effondrée !

Médiopikos : envoyez un messager à Sparte ! Demandez les ordres à Itlérios ! [le soldat sort, entre un dieu] ô ! Un dieu ! Mais qu’est-ce que vous faites là ?

Le dieu : ce n’était pas la peine de l’envoyer, il ne passera pas. Il ne reviendra pas. Il va mourir. Sparte n’existe plus. Bientôt, plus rien n’existera. Plus rien, sauf…

Médiopikos : Sauf ?

Le dieu : vous suez…

Médiopikos : sauf quoi ?

Le dieu : vous suez…

Médiopikos : sauf quoi ?!

Le dieu : dites moi mon nom, avant…

Médiopikos : mais je n’en sais rien, moi ! Ca fait longtemps que ça ne m’intéresse plus, la vie privée des dieux et toute cette mythologie fantasque ! La seule chose que je sais, c’est  que Zeus ne sera jamais aussi grand qu’Itlérios, qu’Athéna sous le joug plie la tête devant lui, nous, et que…

Le dieu : et que ?

Médiopikos : qui est le dieu du soleil, déjà ?

Le dieu : c’est bien là le problème ! Sparte s’est cru maître du monde, et elle a cru pouvoir en oublier ses dieux ! Mon nom, il est normal que tu ne le connaisses pas, je suis un petit dieu sans guère d’importance, oublié de tous les hommes, sauf peut-être de quelques vieilles prophétesses, dans la montagne, mais Apollon, Apollon ! Je suis un petit dieu que personne ne connaît, c’est peut être pour ça, d’ailleurs, que l’on m’a confié cette tâche, parce que j’ai une soif de revanche, pour vous punir d’avoir osé ! Oublier les dieux, oublier les dieux ! Tu ne crois pas ?

Médiopikos : nous allons tous mourir ?

Le dieu : oui.

Médiopikos : alors sauve Hélène, au moins ! Elle ne la mérite pas, ta fin du monde !

Le dieu : tu ne crois pas, en chemin, que l’on me l’a mille fois demandé, hurlé, crié, menacé, supplié, de sauver un frère, un fils, un époux, une femme ? Qu’on m’a accroché par la manche ‘’ S’il te plaît, s’il te plaît ! ’’ Tu ne crois pas que j’en ai vu des plus touchants que toi, des vieilles mères aveugles dont les soldats avaient tué l’homme à la guerre,  pris le fils et fusillé de résistance, violé tant la fille qu’elle a préféré se jeter la tête sous un tramway, et qui me demandait juste la vie pour le petit dernier, le dernier, le dernier, disait-elle, le dernier qui me reste ? Es-tu naïf ou es-tu idiot ?

Médiopikos : tout s’écroule, tout s’écroule, tout tremble, les hommes tombent en enfer sous leurs pieds et les derniers vivants, c’est la mer qui les noiera… A quoi jouerez vous, vous les dieux, quand vous n’aurez plus d’hommes sous la main, si vous ne pouvez plus influer leurs amours et leurs haines, jouer aux pommes d’or, à la guerre de Troie, nous regarder en vous moquant de nous, en riant de nos faiblesses ? Laisse une femme, que vous féconderez, et qui repeuplera l’univers tout entier. Ce sera toi qui tuera le loup qui la menacera, toi dans les premiers temps qui lui donnera le fruit et l’eau à boire, ce sera toi qu’elle vénèrera… Sauve la, même au moins pour te sauver toi-même!

Le dieu : va me chercher Hélène, je voudrais lui parler… [Médiopikos sort, puis Hélène entre]

Hélène : Qui me demande ?

Le dieu : moi.

Hélène : qui de ?! Pourquoi tuez vous Athènes ? Mon père a toujours fait célébrer les grand’fêtes !

Le dieu : c’est vrai.

Hélène : pourquoi ?

Le dieu : tais-toi ! [un temps] Il restera un homme, il restera une femme, pour tout reconstruire, tu vois, pour engendrer à nouveau la race des hommes… Tu comprends ? Tout le monde va mourir, sauf toi et l’homme que je t’aurai choisi.

Hélène : vous voulez faire de moi la nouvelle Eve ?

Le dieu : oui. Ecoute-moi. Tu vas rester assise là, bien sagement. Le sol va trembler, le ciel s’éteindre et l’océan hurler. Mais après, t’apparaîtra ton Adam. La suite… A toi de faire ce que tu as à faire. [il sort, la laissant seule]

 

 

                                                   S3

Hélène : oui. Panamore est à peine mort, que… Les dieux m’en donnent un autre. J’avais juré, pourtant. Je ne devais pas. Il le faudra bien. Il m’apportera le dîner, et moi je nettoierai sa caverne, sa hutte… Pourvu qu’il soit beau !

Médiopikos, entrant : Bonjour, Mademoiselle. Le ciel se lève.
Par Futile - Publié dans : THEATRE
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Samedi 5 novembre 2005 6 05 /11 /2005 00:00

Acte II

S1

Panamore, qui se lève de sa couche : C’est ça la vie, tu te lèves un matin où il fait beau et tu te dis : « J’irais bien pêcher, aujourd’hui », et puis tu te rappelles que tu es condamné à mort. Alors tu repenses à toutes les fois où tu aurais voulu faire autrement, à tous ceux que tu laisses derrière toi, sur une mauvaise impression, et tu as le sentiment de pas avoir fait tout ce que tu avais à faire. Enfin, tu penses à la femme que tu aimes, à votre mariage qui n’aura pas eu lieu, aux enfants que vous n’aurez jamais eus, et tu as une larme, oh !, pas une grande larme, non,  parce qu’il ne faut pas leur montrer que tu as peur et que pour toi tout est fini, non, juste une toute petite gouttelette au coin de l’œil, où brillent tes regrets. Et tu entends le bruit dans la serrure, le cliquetis des clés qui se balancent, qui se cognent et qui s’entrechoquent, puis le clac de la clé qui tourne et qui résonne dans ta tête à l’infini, et là tu sais que tout est perdu, tout est fini. On t’emporte… [au soldat qui vient d’entrer] Oui ?

Le soldat : Allez, pas de scandale ! Suis moi !

Panamore : Attends, un instant ! Où ?

Le soldat : Au dépôt central, en attendant qu’on te fusille.

Panamore : Où ? Où allez vous me fusiller ?

Le soldat : D’abord c’est pas moi qui…

Panamore : C’est pas toi qui quoi ?

Le soldat [comme une évidence] : Qui vais te fusiller…

Panamore : Espèce d’idiot ! Que ce soit toi ou un autre, quelle importance ! C’est vous ! Où allez-vous tirer ? Où allez-vous me tuer ?

Le soldat : Soyez poli. Bon, c’est vrai ; que ce soit moi ou un autre qui tire, pour vous, ça ne change rien,. Bon. Mais, pour moi, au contraire, vous voyez, c’est une autre histoire…

Panamore : Je m’en fous ! Où vais-je être exécuté ?

Le soldat : Oh, soyez poli, dites donc ! Non mais ! Laissez-moi finir… Comme je vous le disais [il ôte son masque de loup] pour moi cela change tout. Quand je rentrerai chez moi, à la maison, si ma petite fille me demande : « Dis, Papa, est-ce que tu as tué un homme ? », je pourrais lui dire non, vous voyez ?

Panamore : Où ?

Le soldat, énervé par le peu d’importance qu’on donne à son discours : Euh…, à la grand’Place. [il remet son masque, voix sèche] Bon, ce n’est pas tout, c’est bien beau, tout ça, mais…en marche !

[et ils sortent.]

S2

[entre Médiopikos]

Médiopikos :  Je sue. Je sue, je sue, je sue. Je sue ! [se tournant vers le public, comme pour le prendre à témoin] J’ai soif ! [une pause] Bon. [il sort une liste de commission de sa poche, ainsi qu’un stylo ou un crayon] Faire fusiller les résistants de la rue Babœuf ; c’est fait. [il tire la langue sur le côté, en geste d’application, et il raye une ligne sur sa liste. Il fera ainsi pour chaque tâche] Rendre visite aux prison ; c’est fait. Aller visiter les soldats ; c’est fait. Encourager la délation ; c’est fait… Bon … Acheter des…

Sagos, qui vient d’entrer : Je ne vous salue pas !

Médiopikos : Ah, c’est vrai. J’avais oublié. Vous deviez venir. Bon, que les choses soient claires, il ne s’agit plus de petits papiers de traité de paix ou de non-agression mutuelle et réciproque dont on à rien à faire. Il ne s’agit plus de stupides questions de paix ou de guerre à venir, maintenant. Il s’agit de votre vie ou de votre mort, maintenant.

Sagos : La mort ! Si vous croyez que l’on craint la mort, à mon âge. Je ne dois pas mon nom au hasard, vous savez.

Je ne signerai pas.

Médiopikos : Nous allons devoir vous tuer, alors !

Sagos : Faites, faites, et vous verrez, alors… Faites, si vous vous voulez que le peuple d’Athènes vous haïsse plus encore. Ce n’est pas que je sois fondamental, voyez-vous, à la vie de la cité, je vieillis, mais on me voit comme un symbole. Je croyais qu’à ma mort on me ferait un grand tombeau de marbre, d’or et d’ivoire. J’avais tort, et, tant mieux, d’ailleurs. Je préfère les larmes d’Athènes au marbre de Delphes, les cris de douleurs, les cheveux arrachés des athéniennes à l’ivoire d’Afrique, à l’or de Rodes. Tuez-moi, comme vous allez le faire, et vous aurez une ville folle. Je ne suis pas…comment dire. Voyez plutôt les portraits, tous les petits portraits qu l’on vendait de moi, les jours de fête nationale, et allez, allez voir dans chaque foyer, dans chaque foyer modeste. C’est mon visage, mes traits, ma tête, qui reposent face à la soupière, et ce sont mes yeux qui les protègent, quand ils mangent leurs soupe, des meurtres, des crimes et des viols. Et pourtant, vous êtes entrés quand même, et ils n’ont pas compris que je n’y pouvais rien. Ils continuent à croire, eux, en moi.

Médiopikos : Signez !

Sagos : Non ! Laissez-moi ! Adieu Athènes, je t’aimais… Adieu Hélène aussi, et continue de fleurir, comme chaque année, le tombeau de ta mère… Adieu Rodolphe, mon ami, tu es mort juste à temps, et en croyant encore à la victoire d’Athènes… [se tournant vers Médiopikos] Allez y, j’ai fait mes adieux, vous pouvez, maintenant…

Médiopikos : Mais signez, je vous dis ! [le suppliant presque] Ecoutez, signez, ils ne vous en voudront pas. Je dirais que vous avez résisté, héroïquement, et que vous n’avez fini par signer qu’au bout d’une longue, très longue, et très douloureuse torture… Signez, je ne veux pas vous faire de mal, signez…

Sagos : Non. Je suis têtu. Vous savez, c’est très têtu, les vieux, surtout quand ils ont été durant de très longues années le vieux stratège d’Athènes, aimé et respecté de tous… Bien sûr que vous ne voulez pas me tuer, vous auriez trop d’ennuis, après… Mais vous allez le faire, pourtant, malgré vous… Je ne signerai pas.

Médiopikos : La garde ! [les soldats-loups arrivent] Ne soyez pas plus con que Jean Moulin ! En position de peloton d’exécution ! [à Sagos] Voulez-vous un mouchoir ?

Sagos : Non. Je ne me voilerai pas la face. Je vous regarderai dans les yeux jusqu’au dernier instant.

Médiopikos : Bandez vos arcs ! Cinq ! [regard interrogateur et suppliant vers Sagos]

Sagos : Non.

Médiopikos : Quatre ! [même regard]

Sagos : Non.

Médiopikos : Trois ! [idem]

Sagos : Non.

Médiopikos : Deux ! [sa voix a tendance à crier moins fort au fur et à mesure des chiffres décroissants]

Sagos : Non.

Médiopikos : Un !

Sagos : Non.

Médiopikos : Un/demi…signez ! [il lui brandit la feuille sous le nez, ainsi qu’une plume]

Sagos : Non. [au soldats] Tirez ! [ils tirent, Sagos s’effondre à terre]

Médiopikos : Imbéciles ! Il est mort ! Il ne fallait pas, il ne devait pas, mourir ! Non ! [aux soldats] Pas un mot. Le silence ! Ou sinon vous y passez aussi ! Faites-le moi disparaître ! Il ne s’est rien passé ! [les soldats sortent, traînant le corps] Il s’est enfui ! [il se met à hurler par la fenêtre] Sagos s’est enfuit ! A la garde ! Sagos s’est enfuit ! [revenant] Voilà. Bon. Voilà qui est fait. Ouf, par ma foi, je sue. [il sort un grand mouchoir rouge et s’essuie le front] Sortons ! [il sort]

S3

Médiopikos, qui rentre : La ville est étrangement silencieuse…

Un soldat, qui entre précipitamment, essoufflé : Chef, chef, il faut, il faut que je vous dise, que je vous dise, Sagos, Sagos, tout le monde en ville est au courant, toute la ville le sait, et ils font le silence ! En hommage à…à l’évasion de Sagos ! Plus un mot, plus un bruit ! Avec les camarades, on a bien essayé de sortir, les faire se remettre au travail, de leur faire faire du bruit, mais…mais ils ont tué trois soldats !

Médiopikos : Quoi ?

Le soldat : Oui, ils ont tué Milosekos ! Et puis Pinokos ! Et Mobutos aussi !

Médiopikos : Mais non, idiot ! Je m’en fous de savoir qui est mort ! Le silence, le silence, une minute, une heure, combien de temps ?!

Le soldat : Je ne sais pas, chef !

Médiopikos : Je m’en doute bien ! Vous êtes trop bêtes ! [le soldat maugrée, pas trop fort, pas trop bas non plus, mais Médiopikos semble ne pas s’en soucier] Les casernes ! Les casernes ! Porte cet ordre à toutes les casernes !

Le soldat : Quoi ?

Médiopikos : Ordre d’hurler, de crier, de gueuler ! Tous ! Gueulez tous, qu’on n’entende plus ce silence !

Le soldat : Hurler quoi ?

Médiopikos : Je ne sais pas, moi ! Ce que vous voulez !

Le soldat : Mais je ne sais pas, moi ! On m’a jamais appris à crier, chef !

Médiopikos : Vous en voulez, des cours de cri ! Je vais vous en donner, devant le peloton d’exécution! Je ne sais pas, moi, criez… Hey, Ho !, par exemple…

Le soldat : Bien, chef ! D’accord, j’y cours, j’y vais ! Hey Ho ! [il sort mais continue à crier Hey Ho !]

Médiopikos : La sueur ! La sueur ! La sueur !
Par Futile - Publié dans : THEATRE
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