Brel est mort

Brel est mort... Quand un certain chantait '77, putain d'année aux îles Marquises', nous ne pouvions que l'approuver. Et pourtant ! Brel est mort, mais la vie continue... Ce blog vous propose donc, gentes dames et gentils damoiseaux, de profiter de littérature, de peintures, de photo ou de coups de gueule, de ce qui rend notre vie supportable, sommes toutes. Et si tout ça semble très partisan, la réponse serra, comme le disait un sinistre crétin, "si tu ne participes pas à la lutte, tu participes à la défaite". Brel est mort, oui, mais "Brel est mort" n'est pas mort...

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POESIE

Mercredi 18 mai 2005

Ambassade des ombres

 

Des visas pour l’errance

Les visages blâmés, floutés, hors leurs regards

L’ambassade des ombres, les visas délivrés

Dans les grands boulevards de la nuit d’épouvante

Des douaniers fatigués aux traits ridés de foule

Folie de leur spectacle

Algèbre menacée, les crocs trop en avant

Viande saignante sur leurs dents

Se presse au portillon la foule des dérives

Les barrages de polices ont osé se fermer

–  comme ces fleurs carnivores des tropiques –

Aux foules de la transe.

 

Les métros d’alibi ont des lueurs oranges

Comme les incendies des Diètes visionnaires

Des hommes à cheval ont envahi le peuple

Les quartiers inondés sont las des flots d’acier.

 

Et le soc du labour anéantit l’errance

Le voyage s’arrête là où la troupe tire

Des visas fatigués pressent tous les visages,

Peu à peu tombés,

Face dans la boue

Le sang sorti des lèvres

Révolution d’ébène et la faux à la main.

 

extrait d'"Un Loup noir absolu dans nos pauvres maisons"

Par Pivot
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Mercredi 18 mai 2005

Logis du diable

  

J’ai taillé des prairies sur la rampe du diable. Alors que son logis était peuplé de fées légères, il me semblait qu’une autre scène devait être atteinte. A table, où l’on avait posé les fèves du destin, nos bouches goûtaient des viandes étrangères. Les couverts étaient de corail, d’algue et de jade salie par les condiments qui saupoudraient nos verbes. Il était difficile de se servir dans ces plats décorés : les couverts étaient des faucilles, des marteaux ; le serveur était Mao, on le reconnaissait d’ailleurs au crachoir qui nous servait de verre commun : on était bien dans le logis du diable. La hampe d’un drapeau déchiqueté reposait sous nos pieds : nous foulions les armes d’un très ancien empire.

Pris soudain d’une colique compromettante, j’ai porté mon corps dans une salle de bain miraculeuse : à peine y étais-je entré que tous mes maux de ventre étaient guéris. Il coulait de la baignoire – et des ses robinets d’argent – une eau très profonde et très noire.  Des coquillages apparaissaient soudain et agressaient les baigneurs. Sur ce lac sombre, nul canard de celluloïd mais des nymphes hâtives et blêmes, probablement victimes de la pollution sous-marine. L’état-major français y avait établi son quartier général : des sous-marins croisaient sans cesse les pélicans. La grotte était de nuit illuminée des mêmes lumières que le Paris pour innocents : tout y brillait de ses feux roses.

Plus loin encore, dans les falaises creusées, des fauteurs de trouble brûlaient.

Encore un peu plus loin, au fond du long couloir arrogant qui tanguait, des couleurs cuivrées bien que roses impressionnaient la rétine au point de la faire sombrer dans la force rouge et le délire cru : à la fin du poème, le diable apparaissait.

 

extrait d'"Un Loup noir absolu dans nos pauvres maisons"

Par Pivot
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Mercredi 18 mai 2005

Résonances

 

Les échos de tes phrases semblent faites d’oubli

Les radars équivoques ont prêté leur folie

Il n’est plus un regard de toi au microscope

Film que je projette en mon cinémascope

 

Pas même une photo qui brille et qui éclaire

Illumine en un geste la phrase que j’espère

Qu’il serait doux pourtant de pouvoir reposer

Sur ton corps en image, tes yeux félicité

 

Je parle de tes yeux mais ce n’est pas le mot

Ton regard est un autre combien de fois plus beau

Mêlé à ton sourire j’ai trouvé mon opium

Ma douce place-forte, mon étrange oppidum

 

Si le cœur et l’écorce forment une forteresse

Faite d’eau caressante, de courage et d’adresse

Tes lettres au violon sont un flambeau vivant

Sur une mélodie qui perce infiniment

 

Je suis inconsolé quand je ne te vois pas

Inconsolable aussi des douleurs de ta voix

S’il est un empire que j’aimerais connaître

C’est celui de l’enfant qui par toi pourrait naître

 

Quand on dit résonance, quand on voit à l’écho

Quand on entend parler de mes rêves si tôt

Que l’aurore sommeille, que la nuit reste encore

Il n’y a plus que toi pour peupler mon décor.

 

extrait de "Boucles d'Or"

Par Pivot
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Mardi 14 juin 2005

Testament

 

 

Puisque nos 20 ans sont négociables sur le marché du travail comme autant de têtes de bétail, je propose l’aversion subtile. Noyade des grands animaux, noyade mon pauvre cœur dans les sucres alcoolisés, dans les cristaux qui paralysent ma main, oserais-je parler ?

« Puissant Monarque, permets-moi de mourir ! »

Mais Puissant Monarque est paresseux, accepter mon suicide lui causerait bien des tracas, des paperasseries bureaucratiques. Et Puissant Monarque me congédie de la main.

Je part mécontent de la réponse de Puissant Monarque. Puissant Monarque est méchant, et je me passerais de son opprobre. Puissant Monarque est laid, très laid, les bras comme les yeux recouverts de graisse confite, et Puissant Monarque n’aime que se faire masser par des princesses chinoises en buvant des vins longs.

Dans les caves du Vatican vieillit le vin péniblement.

« Des vins violets et antiques

et de longs figements statiques

parcourent leurs robes vermeilles

très doucement s’y ensommeillent ! » : ainsi rédige le poète des vins de Puissant Monarque. Puissant Monarque est méchant et emploie de mauvais poètes. Moi qui ne suis que poète d’amour ne l’ai jamais servi.

Dorment aussi dans mon cou des liqueurs vertes aux songes larges et ouverts qui se souviennent avoir frémi au massacre de Tienanmen.

Comme une bibliothèque noble, le portier de Puissant Monarque fait résonner ici les échos des rires appuyés par le vin, des ivresses rouges. Il est réellement saoul comme un Porlonais. Et d’ailleurs il vient de Porlogne, que Puissant Monarque a conquite d’un clignement d’œil. Puissant Monarque s’ennuie et alors il empale les singes approfondis, les danseurs de bal et les femmes. Il se régale, il crie « Encore ! Encore ! Accor’ ! » et il s’ennuie à nouveau, il dit : « Cessez donc d’importuner ces pauvres danseurs de bal qui ne vous ont rien fait. » Mais contrairement au Pape, Puissant Monarque sélectionne les pilules avec soin ; une pour les jeunes filles, une pour les vieilles mères, et aucune pour ses tendres beautés puisqu’il est inconsistant. Il fait aussi couper la tête à tous les beaux garçons que lui dénoncent ses maigres conseillers. Moi, ce n’est pas pareil, il m’aime bien, mais parfois je l’ennuie. Il me dit : « Va jouer ailleurs ! » et il m’offre des drôles de jouets : des trains pas méchaniques que je doit faire bouger à la force de mes doigts, ou des poupées ignobles qu’il faut voiler d’un tchador islamique.

Ainsi donc je voulais que cela cesse et Puissant Monarque me le refusait. « Tu es embêtant à la fin ! Tu as toutes les plus belles femmes à tes pieds et tu veux en finir avec la vie ! Mais tu es le seul de mes citoyens qui paye correctement ses impôts ! Moi-même je triche sur ma déclaration fiscale… » « Tu es bête comme un pied », me disait il encore. « Que te faut-il de plus ? Le Daguerstan ? Je te l’archète… » Et il alla à pied – fait rarissime ! – à la bourse des planètes. J’en profiterais probabliblement pour m’enfuirationner. Puissant Monarque est aussi parfois très bête.

Sous le pont du fleuve Amour je pleurais. Des larmes roses et vertes me dévoraient l’amen. Vint s’approcher une de mes amours. « Pourquoi pleures tu ? » me disait-elle. Je lui répondais que probablement la source de mes larmes était à trouver dans la conjoncture économique actuelle, et aussitôt elle s’entrepris de négocier avec les nuages la source de la perte de profitabilité du vent et la cause de l’alternance semi-horaire de la crise économique et pétrolière avec la plus éclatante et la plus parfaite des reprises kénésiennes. Elle en vint très rapidement à la conclusion grotesque que le chômage exaltant était dû à l’agencement des planètes, par le biais de l’oligarchie que Puissant Monarque avait crée dans les affaires pétrolières et innées de soûle sens, alors qu’elle était à trouver dans la source même du vent, décroissance endogène.

Elle avait passé son bras autour de mon geste défait, et à présent je sentais le souffle de sa lèvre sur mon nom. Pris soudain d’une impossible envie de délirer son nom en gerbe de printemps, j’ai posé sur son cheveu le plus ténu ma main entière frémissante et elle a bondie comme un chat sauvage qu’on aurait noyé d’eau. « Tu as du faire un geste d’erreur ! Le monde sait très bien que tu es amoureux de Boucles d’or ! »

Puissant Monarque n’aurait pas dit mieux, or Puissant Monarque est très bête .

Et elle s’est à nouveau allongé à mes pieds, je me suis mis à hurler au possible. « Putain bordel de cul de merde ! » Elle m’a seulement répondu « Tu en as fait de plus beaux, de poèmes. » Elle ne riait pas. Pourquoi faut-il que toutes mes splendeurs accoutumées soient persuadées de mon désintérêt à la chose ?

Elle soupirait toujours. Tout juste n’a t’elle pas ajouter « Mais pourras-tu un jour m’aimer ? » J’en étais fou.

Probablement un Rubicond se franchit seul sur mon visage, alors. Alors car il passa des monstrueuses blêmitudes à travers mon corsage, et mon souliers soudain se mirent à gémir. « Papa, Papa, Maman, on a faim ! » Je suppose qu’ils désiraient de la boue ; alors j’ai sauté dans la plus pure et la plus grande des flaques et je m’y suis noyé. La flasque était très vaste et très visible, à travers l’alcool sémillant d’un ogre très tribun que Puissant Monarque avait d’ailleurs fait dévorer, j’ai nagé sans branchies parmi les poissons. De vastes ailes larges comme des baies vitrées m’avaient poussées de la tête à l’ultime orteil, et l’air pur de la nuit absente me grisait. Mes amourettes et mes amourettes nageaient rangées en rang serrés, à mes côtés, rangées par ordre de croissance. J’étais ravi de ces amours hallucinés ! Pourquoi pas possible ? Et la branchie des poissons était le plat du jour au restaurant de Roi Neptune où probablement Puissant Monarque n’était jamais allé. Boucles d’Or y était resplendissante de saveurs et de flux d’océan qui transféraient la rougeur du corail sur ses seins, vastes soupirails. Des soupirants amanrphosés attendaient la Reine des Fées qui prenait alors du bon temps avec le charmant officiel de la Reine des Neiges. Nous n’étions même plus au restaurant, nous lisions Poisson-Match. Je complimentais Boucles d’Or pour ses bijoux très parfumés – parfumés du parfum des charmes – et elle n’entendait rien, ayant été victime d’un speelbound très bien réussi et très fortement préparé par une sorcière qui balançait ses hanches mal contrôlées, son cul sautillant, frétillant comme une grenouille mal arrimée. Elle était jalouse tout simplement de sa beauté, ce qui arrivait à environ l’entière totalité des fleuves prétentieux et des femmes réelles.

Puissant Monarque était très laid sur les portraits qu’on affichait de lui dans l’antichambre.

« Le Prince Harry s’était probablement habillé en Asie, d’où le nombre d’africa corps qui le jonchaient. », lisait on dans Poisson-Match, avant de pouvoir aller au toilettes. Je ne sais si cela faisait référence au tsunami ou au bal masqué.

Enfin, j’étais mort, c’est du moins ce que je prétendais, car les oracles belges n’étaient pas tous d’accord sur mon état divinatoire. Ils étalaient le vin de Moselle et les cuisses des filles à loisirs, les sectionnaient avec des cutters anguleux, pour parvenir à fixer mon destin comme une carte d’état-major.

Nous étions fort loin du siècle.

 

extrait d'"Un Loup noir absolu dans nos pauvres maisons"

Par Pivot
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Mardi 14 juin 2005

Road-movie 63 : around you/ road movie 63/ délicate moi/ délicate moi!/ et même si/ Cupidon massacre/ c’est la fin des douleurs/ l’infinité des destins/ et les grincements du vieux lit/ la fuite à travers le gaz/ fuite au travers des alcools/ délicate, enchine moi/ jusqu’au fond du cendrier/ c’est ton regard dans la cendre/ 1963/ je t’en prie/ délicate moi/ enchine moi/ enfine moi/ c’est plus les craquements du plancher sous le lit qui tangue/ toi sous moi/ délicate moi/ enchine moi/ enfine moi/ dans mon précipité d’amour/ joue à la poupée avec moi, je t’en prie/ transpercé le cœur/ envie de jeter quelques fleurs/ sur la tombe de toi vierge enfant/ de toi celle d’avant 12 ans/ envierge moi/ dévierge moi/ même si ils te traitent de putain/ et que c’est un peu vrai/ road movie 63/ je m’en rappelle/ je me souvient/ c’était partir avec toi/ fuir au loin/ loin de ce Texas puritain/ la Floride nous cueillait aux bras/ Cupidon massacre/ ma vierge oh combien de fois violée/ flashy poupée/ aux bras sur tes jambes croisés/ à la jupe/ remontante oh révoltante/ road movie 63/ Cupidon massacre/ allez viens je te retrouve/ dans les bras/ de cette petite fille/ gamine/ même si ça fait 20 ans que t’es morte enterrée/ tu sais cette fille de 12 ans/ te ressemble/ te ressemble/ pardonne moi/…  

 

 

(S.Depop/B-sides)

 

 

Par Depop (B-sides)
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